Santé: haro sur les pénuriesde médicaments



En 2008, quarante-quatre traitements jugés comme essentiels aux patients étaient en rupture de stock
 ; dix ans plus tard, en 2018, ce sont cette fois, selon les estimations, 868 médicaments qui étaient en pénuries (en « tensions » ou de « ruptures d’approvisionnement »). En juin, 2 318 médicaments étaient « en tension » dans les 21 000 officines de l’Hexagone. Près d’un Français sur quatre y a été confronté, selon les sondages effectués.

Ce constat, dressé l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), inquiète de nombreux spécialiste. Hier, ils sont 26 membres d’un même collectif à avoir signé une tribune chez nos confrères du Journal du Dimanche afin de réclamer des mesures d’urgences auprès des pouvoirs publics. « Les malades sont les premières victimes », dénoncent ces médecins et chefs de service hospitaliers, qui notent que ces manques « ne touchent pas les très chères innovations thérapeutiques mais des médicaments peu coûteux qui, bien qu’anciens et tombés dans le domaine public, constituent toujours l’essentiel de la pharmacopée ».

80 % des principes actifs sont fabriqués hors d’Europe, contre 20 % il y a trente ans

S’ils saluent les mesures mises en place ces dernières années, notamment l’obligation donnée aux laboratoires pharmaceutiques de mettre en place des plans de gestion des pénuries, ils estiment que « l’efficacité de ces mesures apparaît jusqu’alors dérisoire », car ces plans visent justement à «
 gérer les pénuries »
et non « à les prévenir ».

Les signataires, demandent donc que soient imposées aux laboratoires pharmaceutiques titulaires de l’autorisation de mise sur le marché « la constitution et la gestion de stocks » de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur, comme les traitements contre les cancers, les maladies cardiaques, l’hypertension, mais aussi les antibiotiques, les corticoïdes, les vaccins. Plusieurs mois de stocks permettraient, selon les 26 spécialistes, d’amortir les défauts d’approvisionnement.

Ces praticiens appellent à ce que « soit rapatriée en Europe la production des principes actifs 
» et demandent la création d’un « établissement pharmaceutique à but non lucratif, si possible européen », comme cela est le cas aux États-Unis. Il faut savoir qu’aujourd’hui, 80 % d’entre eux, que nous utilisons sont fabriqués hors d’Europe, contre 20 % il y a trente ans. Ces médicaments, tombés dans le domaine public, ont vu leur production être délocalisé essentiellement en Inde, en Chine ou en Israël.

Les médicaments victiment de la guerre des prix

Le phénomène est aggravé par le principe du flux tendu. Pour éviter les pertes, limiter les coûts, les labos réduisent au maximum les stocks, alors que la demande mondiale et l’exigence de qualité augmentent. Et quand les quantités sont trop limitées, ils préfèrent vendre aux pays les plus offrants. Cela crée les pénuries, estiment les praticiens : « Les ruptures d’approvisionnement sont liées à une incapacité plus ou moins prolongée de production des laboratoires pharmaceutiques, qu’ils soient eux-mêmes façonniers ou qu’ils aient confié cette tâche à des sous-traitants souvent médiocrement intéressés par la fabrication de médicaments de faible rentabilité. Dans la plupart des cas, après des semaines ou des mois de pénurie, les médicaments réapparaissent sur le marché avec des augmentations non contrôlées des prix ».

À savoir

Ce n’est pas la première fois que des médecins s’insurgent et en appellent à l’État pour éviter des pénuries de médicaments.

En octobre 2018, le collectif Parkinson avec le soutien de neurologues avait lancé une pétition pour dénoncer les ruptures de stock, qui concernent d’abord des anticancéreux.

Le Sénat a rendu publique, au même moment, en octobre 2018, un rapport intitulé « Replacer l’éthique de santé publique au cœur de la chaîne du médicament ». Le document préconise 30 propositions, parmi lesquelles «
 la relocalisation de la production de certains médicaments, jugés essentiels »,
en Europe, en incitant les entreprises à produire en France, grâce à des « exonérations fiscales », et à dénoncer publiquement les mauvais élèves.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a présenté en juillet une feuille de route à l’Ordre des pharmaciens avec, comme axes principaux,« remplacer le médicament indisponible initialement prescrit par un autre médicament », et des « achats groupés » et un partage d’information concernant les situations de pénuries au niveau européen.

Les propositions devraient être finalisées à la rentrée, en septembre.





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