Blockchain : des atouts pour les DAF dans la gestion des données


 

Depuis les années 80, la DAF a bâti son organisation autour des ERP, technologies répondant à différentes problématiques liées à la gestion des données. Les recherches de gains d’efficacité ont permis aux nouvelles technologies de faire une percée majeure au sein des DAF. Au quotidien, la réalité demeure cependant bien plus complexe : malgré un support technologique de plus en plus abouti, la Finance continue de rencontrer des difficultés.

De réelles disparités organisationnelles se créent alors entre le rôle théorique de la DAF et les tâches qu’elle est capable d’absorber. Face aux limites d’un système, il est ainsi parfois nécessaire de se tourner vers d’autres technologies – parfois disruptives – et surtout de nouveaux usages. En ce sens, la blockchain peut-elle répondre aux différents enjeux de la DAF dans la gestion des données ?

 

Une gestion égalitaire des relations entre entreprises

 

L’ERP construit son fonctionnement autour de processus rigoureux afin de garantir un niveau élevé de confiance dans l’information. L’entreprise devient donc responsable de ses données du fait de l’utilisation d’un administrateur central.

Le premier apport de la blockchain, inédit, résulte de sa capacité à construire une organisation libérée de la relation “maître à usagers” (administrateur central à utilisateurs). A rétablir des relations égalitaires, collaboratrices entre les acteurs. A fortiori les entités. Ainsi, il est fréquent de rencontrer des entreprises qui, pour le besoin de leur activité, entretiennent d’étroites relations avec d’autres entités partenaires. Prenons l’exemple d’une entreprise A du secteur industriel qui élabore des produits finis à l’aide des matières premières fournies par son fournisseur exclusif B.

Malgré la mise en place d’un contexte collaboratif, l’utilisation d’un ERP entraîne l’entreprise A à conserver un contrôle quasi total sur son système, ses données et les acteurs qui interagissent avec. C’est l’ERP de l’entreprise A qui, en tant qu’administrateur central, gère l’intégralité des relations entre les deux entités. Il détermine les besoins de stocks, communique les bons de commande auprès du fournisseur B. Le fournisseur B est donc dépendant des informations qui lui sont transmises. Un rapport de force, parfois implicite, est ainsi créé car les données restent centralisées dans le système informatique de l’entreprise cliente.

Afin de répondre à ces problématiques, différentes solutions technologiques tels que les portails internet dédiés ont été mis en place pour gérer certaines étapes du processus (par exemple le processus de facturation etc.). Cependant, ces solutions ne sont là que pour faciliter les échanges entre les entités, souvent au profit du client (déposer les factures sur le portail selon le format choisi par le client). Aucune solution ne permet aujourd’hui de gérer de façon égalitaire l’ensemble des relations entre clients et fournisseurs.

Or la blockchain peut gérer de bout en bout un processus et ainsi répondre à l’une des limites de l’ERP en créant une opportunité unique : fournir un support technologique à une organisation démocratique, égalitaire. Pourquoi ? Car la mise en place d’une blockchain connectée aux systèmes du client et du fournisseur nécessite une transparence totale entre les deux partenaires.

 

Quand la blockchain repousse les limites de l’ERP

A l’heure du big data, les entreprises font face à de nouveaux défis : l’historisation, l’exactitude, l’exhaustivité, la sécurité et le stockage de données massives. Un ensemble de données dont le stockage, la mise à jour quotidienne et la validation réciproque par les tiers peuvent devenir une véritable problématique organisationnelle pour l’entreprise.

En effet une erreur de données dans l’ERP peut répercuter plusieurs services et mettre en difficulté la DAF face à ses différents clients (si l’adresse d’un client est erronée, elle entraîne l’envoi d’une facture à une mauvaise adresse par le service comptable). Une dépendance et une confiance parfois aveugle vis-à-vis de l’outil ERP est donc créée, malgré les limites connues de l’outil.

Le deuxième apport de la blockchain provient de son aptitude à partager instantanément les informations à tous les acteurs, sans problématique de réplications ou d’erreurs.

Reprenons l’exemple de la relation client à fournisseur : une blockchain peut suivre les transactions entre les deux entités (validation client du bon de commande fournisseur, gestion du stock commandé par le fournisseur, paiement de la facture fournisseur par le client, etc.) et assurer leur diffusion de manière intègre et inaltérable, grâce à l’utilisation du registre distribué. Elle peut par exemple, rendre instantanément disponibles les changements liés aux données identitaires (SIRET, données bancaires, adresses etc.), nécessaires à la relation entre DAF. Les risques d’erreurs (paiement à un mauvais compte bancaire, transmission d’une facture à une adresse erronée etc.) peuvent ainsi être évités.

Les divergences de réconciliation entre ERP (transactions et données identitaires) peuvent être résolues, partiellement ou totalement, par le support d’une blockchain.

 

Blockchain et ERP : une philosophie radicalement différente

L’ERP gère en tant qu’administrateur central l’ensemble des informations relatives à la vie de l’entreprise, à sa relation avec ses clients, fournisseurs, banques, organismes sociaux et pouvoirs publics. Ce cloisonnement peut d’une part, provoquer de la méfiance en interne entre les différents services de l’entité (par exemple, le service commercial conteste la quote-part utilisée par la DAF pour le calcul du partage de coûts de structures) et d’autre part, présenter des situations litigieuses avec les tiers. L’entité gère ses informations et s’y fie. Cependant, sont-elles toujours exactes ? Sont-elles incontestables ? Le risque de fraude peut-il être annihilé ? Dans la réalité des faits, il est possible que non.

Enfin, et c’est bien pour cela que la blockchain attise autant l’intérêt des entreprises : elle apporte de la confiance entre participants, sans intervention d’un tiers. Si sécuriser un ERP où tous les utilisateurs appartiennent à la même organisation est, en général, bien maîtrisé par les entreprises, cela devient de plus en plus complexe et coûteux lorsque les participants externes à l’organisation se multiplient. En effet, l’ERP étant le tiers de confiance de participants toujours plus nombreux, le risque de faille augmente exponentiellement (accès utilisateurs mal paramétrés, liens rompus entre outils etc.).

En revanche, la sécurité induite par une blockchain repose dans son architecture et sa philosophie. Cette sécurité “by design” est justement possible grâce à la multiplication des participants. Ainsi, une blockchain ne peut être réellement sécurisée si peu d’organisations y participent, le risque de contrôler plus de 50% du système étant important.

En somme, si avec l’ERP le risque de fraude, d’erreur ou la complexité de la sécurisation augmente avec le nombre de participants, c’est l’inverse avec la blockchain : la multitude d’acteurs indépendants aide à garantir la sécurité du système.

Dans des contextes spécifiques, la blockchain enrichit et étend les usages classiques de l’ERP traditionnel, maître des processus métiers. Elle peut répondre à certaines limites de l’ERP, grâce à l’équilibre des relations de pouvoir, la garantie d’un accès à une information intègre et le renforcement de la confiance des acteurs. Afin d’y parvenir, l’organisation doit prendre en compte les problématiques technologiques et de gouvernance liées à ces usages.



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